Toute sa vie, Edmond J. Safra resta fidèle à ce précepte de nos pères. Derrière le grand financier, connu et honoré dans le monde entier,
se cachait un être de conviction et de tradition. La loi, la foi et la bienfaisance représentèrent, effectivement, le triptyque intime qui
l´anima tout au long de son existence. Mais si l´observance de la Torah et la lecture des prières ressortissent du domaine personnel, la
bienfaisance, au contraire, exprima une ardente détermination à se tourner vers l´autre, à aider les plus démunis, à voler au secours du
prochain. Oui, cet homme de foi fut un authentique philanthrope, dans toute la noblesse du terme : il aima son semblable, sans restriction ni
exclusive.
Né à Beyrouth en 1932, au sein d´une famille dont les activités bancaires avaient débuté au siècle précédent, sous l´Empire Ottoman, il
travailla dès l´âge de seize ans dans l´établissement de son père, Jacob Safra. Très vite, le jeune homme se spécialisa dans les métaux
précieux et le change, remportant déjà quelques beaux succès. Après la Seconde Guerre mondiale, la situation politique au Proche-Orient
conduisit la famille à quitter le Liban pour s´établir au Brésil.
Installé bientôt à Genève, en Suisse, Edmond J. Safra créa en 1960 la Trade Development Bank. Six ans plus tard,
il ajouta à son groupe un maillon américain : la Republic National Bank of New York.
Devenu l´un des plus prestigieux financiers de la planète, auréolé de son exceptionnelle réussite, il n´en oublia
jamais les principes fondamentaux du mécénat, de la charité et de la philanthropie, autant de mots qui, selon la tradition, se résument
en un seul : justice. Cette générosité attentive s´appliqua à tous les domaines, de la science à la religion en passant par l´enseignement.
Aujourd´hui, la planète entière demeure le champ d´action de la Fondation
Philanthropique Edmond J. Safra, car la souffrance et les besoins ne connaissent, hélas, ni limites, ni frontières. Les soupes populaires
d´Argentine ou l´assistance aux réfugiés afghans, ces deux extrêmes géographiques objets de l´attention de la Fondation, nous rappellent que le
malheur, où qu´il soit, frappe toujours avec la même rigueur et le même visage hideux.
Mais que serait la lutte contre la disparité sociale si l´on ne se préoccupait pas d´enseignement, cet autre territoire d´inégalité ? Ainsi,
l´acharnement d´Edmond J. Safra a été décisif pour le développement de l´International Sephardic Education Foundation (ISEF), oeuvre destinée à
venir en aide aux plus pauvres d´entre les plus pauvres, les jeunes élèves issus de familles défavorisées pour qui les études étaient jusque-là
fermées, faute de moyens financiers.
Edmond J. Safra n´ignorait pas non plus que le combat pour la santé, dévoreur d´énergies et de ressources, a perpétuellement besoin de soutiens. Plusieurs hôpitaux israéliens et le centre Yad Sarah de Jérusalem, destiné à fournir d´indispensables appareils médicaux aux handicapés, aux malades et aux victimes d´accident ont pu se développer grâce à sa générosité. La Fondation, pour sa part, a financé l´ultramoderne centre de pédiatrie « Edmond and Lily Safra Children´s Hospital » à l´hôpital Tel Hashomer de Tel-Aviv. À Paris, l´hôpital de La Pitié-Salpêtrière bénéficie également de son appui vigilant. Plus largement encore, dans le domaine des avancées scientifiques, la Fondation participe à la recherche sur la maladie de Parkinson, celle d´Alzheimer et la sclérose en plaque.
Pour Edmond J. Safra, la mémoire fut une authentique expression de la fidélité, afin que l´Histoire récente jamais ne soit oubliée et qu´elle se
dresse pour les générations à venir comme la digue qui empêche le fleuve de la haine de déborder à nouveau. Yad Vachem à Jérusalem, le Musée de
l´héritage juif à New York, le Mémorial de la Shoah à Paris, notamment, ont été soutenu dans leur objectif sans cesse recommencée.
Enfin, l´expression de la foi juive a constitué – et constitue toujours – un pivot essentiel de l´action. La construction ou la
reconstruction de synagogues à Saint-Pétersbourg, New York, Miami, Jérusalem, ailleurs encore, en restent les témoignages vivants.
Mais, dans le judaïsme, un lieu de culte ne vit que si se perpétue inlassablement l´étude de la Torah, l´assistance apportée à
diverses yeshivoth, les académies talmudiques, procède de cette dynamique.
C´est d´ailleurs dans cet esprit obstiné de transmission des valeurs qu´un groupe de rabbins et de professeurs a entrepris la traduction
du Talmud en langue française dont l´édition porte le nom d´Edmond J. Safra.
Edmond J. Safra a encore permis la restauration de nombreux sites religieux et culturels sur la terre même d´Israël, singulièrement le tombeau de Rabbi Meir Baal Haness à Tibériade et celui de Rabbi Shimone Bar Yohaï à Meron. À Jérusalem, la Fondation a contribué aux frais des travaux de modernisation de l´esplanade du Kotel, le Mur Occidental. Par ailleurs, la grande salle qui jouxte cette esplanade a été entièrement rénovée dans un style en harmonie avec l´endroit. Tout cela ne donne qu´une faible idée des projets entrepris. Bien d´autres programmes se sont concrétisés, toujours dans la discrétion qui caractérisa les interventions d´Edmond J. Safra.
Cet homme de bien disparut brutalement le 24 kislev 5760 (3 décembre 1999). Son épouse, Mme Lily Safra, poursuit son oeuvre avec le même dévouement. Aujourd´hui, il nous reste d´Edmond J. Safra le souvenir édifiant d´un esprit éclairé, ouvert sur le monde, généreux, sensible à toutes les pulsations de l´existence et profondément soucieux de la transmission des valeurs de la tradition juive. Son immense générosité continue de briller à travers le monde.